Deuxième week-end d’amitié islamo-chrétienne à Taizé

Le deuxième week-end d’amitié islamo-chrétienne a eu lieu du 5 au 8 juillet à Taizé. Voici quelques échos de ce rassemblement, proposés par Lucie, une jeune volontaire française.

Le deuxième week-end d’amitié islamo-chrétienne a commencé jeudi avec un mot de frère Alois qui a souhaité la bienvenue à tous mais particulièrement aux jeunes musulmans :

Votre confiance nous touche. En effet, en sachant que notre communauté appartient à la tradition chrétienne, vous avez fait le choix de nous rejoindre... Je souhaite que ce week-end soit une expérience spirituelle pour chacun de nous, un élargissement du cœur.

En plus des 2500 jeunes présents sur la colline pour la première semaine des rencontres de l’été, 300 chrétiens, chrétiennes, musulmans ou musulmanes se sont retrouvés pendant trois jours pour échanger sur leur foi autour du thème « vie intérieure et fraternité ». Interventions, ateliers, groupes d’échanges, prières, musiques, nourritures partagées : chacun a pu trouver une manière de saisir le sujet.

Le premier jour, de nombreuses questions ont été abordées sur la foi, le dialogue, la prière, notre relation à Dieu. Le professeur Ousama Nabil, de l’université Al-Azar au Caire, nous a parlé de la foi dans son intervention du vendredi matin. Pour lui, on peut hériter une religion mais on ne peut pas hériter la foi. La foi est un échange, une relation personnelle avec Dieu. La prière, par l’adoration continuelle du cœur, est le moyen de dialogue avec Dieu. Il cite le Hadith 13 : « Vous n’aurez pas la foi tant que vous n’aurez pas aimé pour vos frères et vos sœurs ce que vous avez aimé pour vous-même ».

Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille, chargé du dialogue interreligieux pour la conférence des évêques de France, a reconnu que le dialogue était une épreuve pour la foi. C’est accepter qu’il y a quelque chose de vrai chez l’autre que je ne comprends peut-être pas. C’est accepter que Dieu est plus grand que ce que je croyais. C’est regarder Dieu et lui demander « Mais qui donc es-tu pour que chacun croie que tu le regardes lui, personnellement ? » L’évêque a mentionné aussi le risque de confondre l’absolu de Dieu avec l’absolu d’une institution. Dans le dialogue et la rencontre avec des croyants d’une autre tradition, il s’agit d’éviter cet écueil sans pour autant rejeter l’héritage des croyants des siècles passés, qui nous portent chaque jour dans la prière.


Parler de paix, de réconciliation et de dialogue, c’est aussi faire une place pour écouter la colère, les douleurs de ceux qui connaissent la violence ou même la guerre dans un contexte où la religion joue un rôle. Le samedi, deux femmes nous ont parlé de leurs expériences personnelles de la violence, et de leurs espoirs.

Onjali Rauf, musulmane fondatrice et présidente de l’ONG de défense des droits de l’homme « Make her story » au Royaume Uni, a évoqué les situations de violences qu’elle accompagne et de son cheminement pour y faire face avec Dieu. Elle nous a confié avoir éprouvé de la colère contre Dieu, mais elle pense aussi que nous avons le droit de lui exprimer notre colère. Dieu est assez grand pour prendre notre colère et nos doutes. Elle a parlé ensuite de la bonté, et de l’importance de ne pas sous-estimer nos propres gestes de bonté.

Soeur Mariam An-Nour, directrice de l’école de Meshref au Liban, nous a rappelé que « le contraire de la violence, ce n’est pas la paix entre différentes communautés partisanes, mais c’est le lien entre différents individus appartenant à différentes communautés ». Le prêtre anglican Guy Wilkinson a rebondi en parlant de l’amitié : celle-ci est un risque, le risque de dire oui à l’autre. C’est le défi adressé aux jeunes d’aujourd’hui : dire oui par amitié à des gens qui ne nous ressemblent pas.

A la fin de la rencontre, Mgr Aveline a conclu : « Le dialogue n’est pas facile, mais y croire et y participer par des petits gestes rend l’impossible possible. »

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