Février-mars 2012

Journal du voyage

Les frères de Taizé qui vivent à Nairobi viennent de passer un mois à Kigali pour commencer la préparation de la rencontre de novembre. Ils ont rencontré les responsables des diverses Églises présentes au Rwanda, pris contact avec les administrations et services concernés par toutes les questions pratiques et visité des jeunes un peu partout dans le pays. Voici quelques extraits du journal d’un frère :

15 février. Nous débarquons à Kigali pour un mois. C’est la première phase de terrain de la préparation de la rencontre de jeunes prévue pour novembre prochain. Cette année nous aurons un pied au Kenya et l’autre au Rwanda.

Non sans peine à cause de sa portière arrière bloquée, nous arrivons à entasser nos bagages dans la voiture de Donatien, l’aumônier diocésain des jeunes, venu nous accueillir. Direction « Centre des Jeunes de Gatenga », une vénérable institution salésienne située au centre de la ville entre la « zone industrielle », un reliquat de marais et un quartier populaire en sursis.

16 février. L’exploration du marché voisin est une priorité. Mamans juchées à un mètre du sol, sur des étals de ciment au milieu des régimes de bananes, des tas de pomme de terre, de haricots secs ou des pyramides de farine. Étroits couloirs entre les échafaudages des épiciers. Dans ce temple de la vie locale, l’étranger ne passe pas inaperçu. De son côté, un frère fait sa première visite à la Boulangerie de Kigali à dix minutes de chez nous. Il va en devenir un des fidèles clients.

20 février. André est l’agronome de la ferme qui exploite quelques champs dans le Centre de jeunes : « Taizé, je connais depuis longtemps ! On nous parlait de frère Roger et des rassemblements de jeunes il y a une vingtaine d’années. En ce moment nous n’avons pas beaucoup de légumes. Poireaux, betteraves rouges. Mais nos bananes sont très belles ! » Nous passons commande pour une livraison de bananes tous les deux jours.

22 février. Nous sommes entourés par plusieurs Églises pentecôtistes qui se relayent pour animer l’espace : prédications, exhortations, exorcismes, chants…

Samedi 25 février. Rencontre à Remera. Trente personnes disponibles et décidées à assumer leur part dans la préparation de la rencontre. Où a-t-on connu une telle mobilisation ?

« Comment trouvez-vous notre pays, qu’est-ce que vous aimez le plus au Rwanda ? » C’est la question la plus fréquente, qui traduit la soif de reconnaissance dans le regard des autres.

Samedi 3 mars. Visite à Mulindi. Après une demi-heure de tentatives, c’est un constat d’échec : pas moyen de lire le DVD… L’averse tonitruante sur les tôles de l’église raccourcit la répétition des chants de Taizé. Six heures de route pour un piètre résultat ? Les quatre cents jeunes et adolescents sont reconnaissants de la visite. Les habitants de cette région n’apprennent le kinyarwanda qu’à l’école primaire, leur langue maternelle est proche d’une langue de l’Ouganda.

Mardi 6 mars. « C’est à Taizé que j’ai compris qu’on pouvait vraiment aimer. Je suis orphelin. C’est le prêtre de ma paroisse qui m’a envoyé dans la délégation des JMJ à Madrid. Nous avons été invités à passer une semaine à Taizé. J’y ai rencontré un garçon ukrainien et nous avons beaucoup échangé dans notre pauvre anglais. Nous avons découvert qu’il y a de grandes similitudes entre l’Ukraine et le Rwanda : on ne peut pas aimer librement ! Son amie lui demandait des cadeaux de plus en plus importants. Il n’avait pas les moyens de les lui offrir. Au Rwanda si tu n’as pas de quoi payer sa dot, tu ne peux pas espérer être aimé d’une jeune fille. » Isaac est apprenti électricien au Centre des Jeunes de Gatenga.

Jeudi 15 mars. Nous repartons pour Nairobi, après un mois de séjour au Rwanda. L’accueil et l’hébergement de 6000 participants attendus de l’extérieur pour la prochaine étape du pèlerinage de confiance à Kigali est en effet le plus grand défi à relever. L’attente et la mobilisation grandissent alors que se mettent en place des équipes de préparation dans les diverses paroisses et succursales. Pendant quatre semaines nous avons sillonné la capitale et ses environs en réunissant des jeunes. C’est avec un grand sérieux que nous avons été reçus. Chaque communauté d’accueil doit maintenant constituer trois comités : accueil-hébergement, liturgie et visites aux « personnes d’espérance ». Les Églises catholique, anglicane, presbytérienne, méthodiste sont partenaires de la préparation. Ces diverses rencontres ont aussi été l’occasion de réfléchir sur les interrogations qui travaillent les jeunes et pourraient être reprises lors des carrefours des après-midi. Les frontières et les distances semblent s’effacer car on retrouve les mêmes préoccupations profondes qu’ailleurs dans le monde : Face aux bouleversements des modes de vie, comment s’enraciner profondément dans le Christ ? Face aux difficultés à trouver un emploi, sans grands moyens, comment monter sa propre entreprise ? Comment retrouver confiance après un traumatisme, une rupture ? Quel est le sens chrétien du couple, de la famille, de la fidélité ? Poursuivre un succès personnel ou découvrir la joie de vivre pour les autres ? Se protéger ou prendre le risque de donner sa vie ? Se laisser prendre par la logique de la compétition ou celle du service des autres ? Sur le plan de la logistique, la préparation a bien avancé aussi avec le ministère de la jeunesse, la mairie, les responsables d’Expo, le site où auront lieu les prières communes, une compagnie de transports urbains, et des cuisiniers : c’est qu’il faut déjà acheter le maïs à la récolte, le traiter et le stocker !

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