Finlande 2010

Des couleurs d’automne au crépuscule d’hiver

En septembre, après la rencontre du pèlerinage de confiance à Oslo et Trondheim, l’un des frères présents a continué son voyage jusqu’en Finlande.

Ruskasta kaamokseen

L’automne est arrivé tôt dans le Nord cette année. Quand j’ai commencé mon voyage à la mi-septembre en partant de Kirkenes/Kirkkoniemi (Norvège), les feuilles étaient déjà tombées. La première étape fut la visite de la petite chapelle orthodoxe de Saint Georges à Neiden, construite en 1565 par les premiers missionnaires en Laponie de l’Est. Le dernier dimanche d’août, une liturgie de plein air avec la bénédiction des eaux y est toujours célébrée aujourd’hui.

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La chapelle orthodoxe de Saint Georges

Dix kilomètres plus au sud, nous avons traversé la frontière finlandaise pour visiter le village Skolt sami de Sevettijärvi. (On appelait autrefois le peuple sami les Lapons, terme considéré maintenant comme péjoratif.) Nous avons visité la petite école (10 élèves et trois enseignants), qui était ce jour-là en pleine effervescence : il s’y tenait un séminaire sur la grammaire skolt avec un professeur d’université de Oulu. La langue skolt est parlée par environ 400 personnes seulement. La Bible complète n’existe pas encore dans leur langue, mais le travail de traduction continue. Les personnes âgées de la région ont également été invitées pour le déjeuner et tous ensemble, avec les enfants, nous avons chanté dans les trois langues utilisées dans la région : le finnois, le sami et le norvégien (plus le latin et l’anglais pour Laudate omnes gentes).

Ce soir-là, le même chant résonnait autour de l’église de Ivalo sur le lac Inari, où nous avons célébré le 10e anniversaire de la prière mensuelle avec des chants de Taizé.

Est-ce la prière la plus au nord ? Latitude 68°37 Nord !

Au cours du voyage en bus et en train, il y a eu une longue conversation avec un jeune Sami qui retournait vers son travail dans le bâtiment, au sud, après une visite à sa famille. Son père était mort d’un cancer du poumon quand lui-même était encore adolescent, de sorte que le troupeau de rennes avait dû être vendu. Après son service militaire il n’a pu trouver aucun travail dans la région et comme tant d’autres il a dû se déplacer au sud, en perdant ainsi son lien avec leur terre. Ce sera un thème constant du voyage. La culture sami (comme aussi la culture finlandaise) est très liée aux paysages et aux saisons. Comment une nation basée à l’origine sur l’élevage, la chasse et la pêche peut-elle exprimer sa culture dans un nouveau cadre urbain ? Et pour la prière et la foi, comment ces changements démographiques peuvent-ils être pris en considération ?

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Le village de Sevettijärvi

Les jours suivants se sont déroulés à Tampere et Kangasala, en alternant les visites dans les écoles, les prières, et de longues discussions sur la foi et les jeunes en Finlande.

Tampere compte 206 000 habitants, 1700 d’entre eux (le plus souvent de 15 ans) se préparent à la confirmation, c’est un étonnant 90 % de leur groupe d’âge ! Avec des rencontres hebdomadaires et trois fois une semaine de camp pendant l’année, la préparation à la confirmation est vraiment quelque chose que ces jeunes aiment et apprécient ; elle est très bien conduite par l’Église. Pendant les deux années suivant la confirmation, quelques-uns des jeunes aideront dans des camps comme « grands » frères et « grandes » sœurs.

Mais ensuite ? Où peuvent-ils comme jeunes adultes trouver leur place dans l’Église ? Où peuvent-ils être utiles, nécessaires. Où peuvent-ils trouver prières et célébrations correspondant à leur situation de vie ?

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La chapelle/grange de Topi

Les lycéens et étudiants de la génération actuelle ont deux étiquettes contradictoires, la génération « fais-le toi-même » et la génération « curling ». La génération « fais-le toi-même », parce qu’habituellement les deux parents travaillent. Donc dès que vous savez marcher, vous entendez ces mots « maintenant tu le fais toi-même », et pas seulement marcher, car même si vous êtes un très petit enfant, vous devez apprendre à être autonome.

La génération « curling » tire son nom du sport appelé curling, dans lequel les joueurs font glisser de grandes pierres de granit sur une couche de glace vers la zone cible. Deux balayeurs avec leurs balais accompagnent la pierre tandis qu’elle glisse sur la couche de glace. Les balais sont là pour parfaire l’état de la glace devant la pierre afin de lui permettre d’aller plus vite et plus loin. L’excellente situation économique de la Finlande dans les années 1990 et début 2000 a fait qu’avec des revenus doublés, les parents pouvaient « faciliter le chemin » pour leurs enfants, leur donner beaucoup de « choses » et d’expériences. Aujourd’hui, le climat économique est très différent. Comment ces jeunes adultes pour qui on a « tout fait » peuvent-ils découvrir l’interdépendance de la solidarité, apprendre à aider les autres, aller vers ceux qui sont peut-être différents d’eux ?

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La chapelle/grange de Topi

Les jours à Helsinki ont été un rêve à la lumière d’automne, avec les hautes silhouettes de ses nombreuses églises toujours visibles à l’horizon.

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La Cathédrale d’Helsinki

Samedi après-midi il y avait une prière et une rencontre à l’église luthérienne Agricola (paroisse de la Cathédrale d’Helsinki) avec l’évêque luthérien d’Helsinki Irja Askola.

C’était une rencontre pour les jeunes. Au début de l’introduction biblique, une porte latérale s’ouvrit et une vieille dame est entrée, poussée dans une chaise roulante. Tous se sont levés spontanément pour saluer son arrivée !

Anna-Maija Raittila est très connue comme écrivain, poète, traductrice et linguiste. Si vous parcourez un livre de chants d’Église en Finlande, vous verrez que presque la moitié des chants ont été soit écrits, soit traduits par elle. Elle est d’abord venue à Taizé au début des années 1970, et si Taizé est connu en Finlande, c’est en grande partie grâce à son amitié pour frère Roger et la communauté, et à travers les nombreux groupes qu’elle a amenés à Taizé au cours des années. Sa présence à la rencontre nous a marqués en nous montrant que le pèlerinage de confiance est aussi un pèlerinage dans le temps ; nous marchons ensemble à travers plusieurs générations, recevant des uns et transmettant à d’autres. C’est le pèlerinage personnel de chacun, mais aussi une chaîne, une chaîne humaine où chacun joue son rôle en partageant et transmettant aux autres la foi, l’espérance et la confiance.

Mon voyage s’est terminé à Turku et Rusko, sur la côte sud-ouest de la Finlande.

La journée à Turku a été principalement consacrée aux étudiants en théologie parlant le suédois (le suédois est une des langues officielles de la Finlande, et la minorité linguistique suédoise représente environ 5,5 % de la population). En buvant de grandes quantités de café et en bavardant dans la salle commune de la faculté, c’était rafraîchissant de voir l’enthousiasme des étudiants pour leur sujet d’études, et combien ils le trouvaient adapté à la vie d’aujourd’hui. Il est vrai que la foi n’a pas été marginalisée en Finlande. Cela ressortait aussi clairement des nombreux articles de journaux consacrés au synode tenu dans chaque diocèse (Taizé y a participé en animant l’une des prières du matin dans le diocèse de Turku).

À Rusko nous avons rencontré un groupe de jeunes qui se rendront à Taizé l’année prochaine. La soirée s’est terminée par un pèlerinage avec des lanternes depuis les nouvelles salles de la paroisse dans un centre commercial jusqu’à l’église paroissiale à la périphérie de la ville. À cette époque de l’année, dans cette partie du monde, le crépuscule arrive chaque jour 10 minutes plus tôt que la veille. Le crépuscule et les lanternes nous ont rappelé que bientôt ce sera le temps de Kaamos (crépuscule d’hiver), quand le soleil ne se lèvera pas sur l’horizon pendant 37 jours dans le nord, et ici dans le sud les heures du jour seront très courtes. Nous pourrions être tristes de dire adieu à l’été. Mais les Finlandais savent que Kaamos est également un moment très important : un temps pour être ensemble dans la chaleur d’une famille ou d’une communauté, un temps pour regarder à l’intérieur et pour la contemplation.

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Le pèlerinage avec des lanternes

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