Rencontre de Santiago du Chili

Célébrer la vie avec les Chiliens

En 2010, on célèbre l’anniversaire des 200 ans de l’indépendance dans beaucoup de pays d’Amérique latine, indépendance gagnée sur les Espagnols. C’était un moment très important. Pour la première fois après environ deux siècles de colonisation, ils pouvaient choisir quel pays ils voulaient construire pour l’avenir.

C’est dans ce contexte historique que nous avons célébré la fête nationale. Comme d’autres Chiliens, nous avons profité des quatre jours fériés décrétés cette année. Le 18 septembre, le Chili commémore la signature de son indépendance et sa naissance comme état moderne. C’est impressionnant de voir comment, pour cette fête, chaque maison, chaque immeuble, chaque église, chaque coin de la ville et chaque Chilien sort son drapeau et tout ce qu’il faut pour se réunir en famille et entre amis. On prépare aussi la nourriture typique : un rôti de viande et du pâté en croûte. Les gens ont dansé la cueca en costumes traditionnels de paysan du Chili, et l’on est fier d’être né dans ce pays. Notre équipe de volontaires a fêté avec la famille de Bibiana dans la maison de ses grands-parents. Environ cinquante personnes, parents et amis, se réunissent chaque année pour se réjouir de la vie. Bibiana est une jeune universitaire qui accueille l’une de nos volontaires. Sa famille était heureuse de recevoir des représentants de tant de pays. C’était beau de vivre l’hospitalité chilienne et de vibrer au rythme de sa tradition.

Au centre des célébrations de cette année commémorative du bicentenaire, il y avait l’histoire des 33 mineurs qui survivent à l’intérieur de la mine partiellement démolie à Copiapó. Ils ont été trouvés le 17e jour après l’accident et sont maintenant depuis six semaines à 700 mètres de profondeur. Je me souviens du jour où l’on a appris la nouvelle qu’ils étaient vivants, où l’on a pu les localiser et communiquer avec les profondeurs de la terre. Tout à coup, de manière spontanée, on pouvait entendre les klaxons des voitures et voir aux fenêtres des drapeaux chiliens agités par le vent. Le sentiment de désespoir et de tristesse pour la vie de ces hommes était de plus en plus présent depuis trois semaines. Et il est venu quelque chose d’incroyable ! Trouver à une telle profondeur ces survivants était la meilleure nouvelle que pouvait vivre le Chili après un an marqué par la tragédie du tremblement de terre. Tant de gens exprimaient leur reconnaissance parce que « Dieu a été grand avec ceux-ci. » Les racines chrétiennes de ce peuple sont claires. Elles s’expriment ouvertement tant dans les événements de la vie quotidienne que dans les moments extraordinaires.

Certains d’entre nous sont allés dans le sud, à Concepción, invités par la famille d’une volontaire de notre équipe. C’est une grande ville sur la côte du Pacifique. Sa famille a été très généreuse. Nous avons pu visiter certaines des zones que le tremblement de terre et le tsunami qui a suivi ont dévastées il y a sept mois. C’est impressionnant de voir comment des immeubles entiers se sont renversés comme s’il s’agissait de simples maquettes. L’un des trois ponts sur le Río Biobío a disparu. Un autre, très endommagé, est maintenant en réparation. Celui qui est encore praticable montre les effets du terrible séisme. À Talcahuano, la « zone zéro » affectée par l’énorme vague qui a dévasté la côte après le tremblement, les dommages sont évidents. Entre les maisons qui restent debout, on voit les espaces vides qu’occupaient celles qui n’ont pas résisté. De même, les traces de pillages de magasins sont encore visibles. Aux milieux des terres, on voit encore de petits bateaux et même de grands bateaux de pêche, ceux que la force des eaux a entraînés. La costanera – une avenue à côté du port maritime – est encore en réparation, et le pire est de constater comment vivent des milliers de familles dans de petits logements d’une seule pièce d’environ 4 ou 5 mètres de long appelés medias aguas. Ils sont faits de bois et de planches, bâtis d’urgence après une des catastrophes naturelles dont les gens souffrent malheureusement souvent dans ce pays. Plusieurs de ces logements ont été construits par des jeunes venant du centre et du nord du Chili. La solidarité dans ce peuple est grande. Ils ont arrêté leur travail quelque temps pour aller aider ceux qui avaient tout perdu.

Notre équipe de préparation continue de visiter et d’animer des moments de prière. Nous invitons des jeunes à participer à notre pèlerinage. Oui, nous, les volontaires sommes étrangers dans ce pays et allons à la rencontre de ceux que nous ne connaissons pas avec la volonté d’écouter et de partager nos préoccupations. Cela aide beaucoup de voir que, malgré les différences culturelles, le centre de la vie chrétienne est la même : la Parole, le silence et la prière. Vivre des moments communautaires simples et se réjouir parce que Dieu nous accompagne. Célébrer la vie chaque semaine, quotidiennement nous tourner vers le mystère du Christ ressuscité.

À Santiago, les distances sont parfois longues, et la durée des déplacements est souvent fatigante. Les volontaires qui visitent le nord de la ville découvrent que, malgré le fait que l’accueil sera simple et avec peu de moyens, c’est là-bas un cadeau d’accueillir l’étranger. Dans la zone est et ouest, nos volontaires n’arrêtent pas de se rendre dans les paroisses et les collèges. Après chaque rencontre, il y a toujours une joie sereine, un mot, un petit geste qui nous poussent à continuer d’aider les frères de Taizé et les sœurs de Saint André. Au-delà de la zone est, dans le vicariat de Maipo, on se prépare aussi à accueillir les chiquillos (jeunes). En général, les gens attendent notre visite et notre invitation. Et chaque jour, il y a des prières l’après-midi et des réunions d’équipes de préparation. La zone sud est celle qui contraste le plus avec le vicariat montagneux (cordillera). Les différences sociales sont marquées. Dès le début de la préparation, les gens ont répondu rapidement et ont commencé à travailler. C’est là que se trouvent le plus grand nombre de collèges religieux. C’est un grand défi d’arriver à faire participer les jeunes à partir de leur collège ou de leur mouvement, de faire en sorte qu’ils participent à ce pèlerinage.

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